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Page:Sully Prudhomme - Poésies 1866-1872, 1872.djvu/238

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Dans le tronc, restauré tout le long par du plâtre,
Ouvert et creux au bas, s’était accumulé
Un poussier noir, pareil à la cendre de l’âtre :
        Où des souvenirs ont brûlé.

Ces lieux étaient profonds : nous ne pouvons pas croire
Que les chemins errants qui se perdaient si loin,
Les gros chênes et l’eau, tenaient tous dans ce coin.
Quel prestige éloignait leur limite illusoire ?
Et qui se rappelait, en y flânant jadis,
Que des hauts bastions l’austère promontoire
        Bornait si près ce paradis ?

Jeunes et vieux, ô vous, braves de toutes sortes,
Au cri de la patrie en foule rassemblés,
Que la mitraille abat comme le vent les blés,
Pardonnez, si, ployant sous mes haines trop fortes,
Je songe par faiblesse une dernière fois
A ces arbres couchés parmi leurs feuilles mortes,
        Si j’ose encore aimer les bois.

Les voilà donc à bas, ces géants séculaires,
Les bras épars, tordus dans l’immobilité,
Le faîte horizontal, ras et décapité ;