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Page:Sully Prudhomme - Poésies 1866-1872, 1872.djvu/223

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Quand tu m’aimais sans me connaître,
Pâle et déjà ma mère un peu,
Un nuage voguait peut-être
Comme une île blanche au ciel bleu ;

Et n’as-tu pas dit : « Qu’on m’y mène !
C’est là que je veux demeurer ! »
L’oasis était surhumaine,
Et l’infini t’a fait pleurer.

Tu crias : « Des ailes, des ailes ! »
Te soulevant pour défaillir…
Et ces heures-là furent celles
Où tu m’as senti tressaillir.

De là vient que toute ma vie,
Halluciné, faible, incertain,
Je traîne l’incurable envie
De quelque paradis lointain…