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Page:Sully Prudhomme - Poésies 1866-1872, 1872.djvu/164

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Puis c’est la promenade en barque sur les lacs,
La sieste à l’ombre au fond des paresseux hamacs,
           La course aux prés en jupes blanches,
Et le roulement doux des calèches au bois,
Et le galop, voilette au front, badine aux doigts,
           Sous le mobile arceau des branches ;

Et, par les midis lourds, les délices du bain :
Deux jets purs inondant la vasque dont sa main
           Tourne à son gré les cols de cygnes,
Et le charme du frais, suave abattement
Où, rêveuse, elle voit sous l’eau, presque en dormant,
           De son beau corps trembler les lignes.

Ainsi coulent ses jours, pareils aux jours heureux ;
Mais un secret fardeau s’appesantit sur eux,
           Ils ne sont pas dignes d’envie.
On lit dans son regard fiévreux ou somnolent,
Dans son rare sourire et dans son geste lent
           Le dégoût amer de la vie.

Oh ! Quelle âme entendra sa pauvre âme crier ?
Quel sauveur magnanime et beau, quel chevalier
           Doit survenir à l’improviste,