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Page:Sully Prudhomme - Poésies 1866-1872, 1872.djvu/133

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Le dôme vert bruire, et, d’instant en instant,
         Tomber une goutte isolée.

Tout au fond, dans un temple en treillis dont le bois,
Par la mousse pourri, plie et rompt sous le poids
         De la vigne vierge et du lierre,
Un amour malin rit, et de son doigt cassé
Désigne encore au loin les cœurs du temps passé
         Qu’ont meurtris ses flèches de pierre.

A toute heure on sent là les mystères du soir :
Autour de la statue impassible on croit voir
         Deux à deux voltiger des flammes.
L’esprit du souvenir pleure en paix dans ces lieux ;
C’est là que, malgré l’âge et les derniers adieux,
         Se donnent rendez-vous les âmes,

Les âmes de tous ceux qui se sont aimés là,
De tous ceux qu’en avril le dieu jeune appela
         Sous les roses de sa tonnelle ;
Et sans cesse vers lui montent ces pauvres morts ;
Ils viennent, n’ayant plus de lèvres comme alors,
         S’unir sur sa bouche éternelle.