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rapports intrinsèques et extrinsèques. Les définitions sont donc, pour un même objet, fort différentes selon la science de ces rapports, elles sont donc subordonnées à l’état de la connaissance réfléchie. Un même objet est donc susceptible d’autant de significations dans les divers esprits qu’il y a en eux de degrés différents de réflexion. Telle est, en dehors des mobiles passionnels, la cause intellectuelle de la diversité des opinions.

La curiosité a pour principes : I° l’expérience interne qui nous révèle notre existence, notre activité et ses modes, en un mot les catégories de notre être ; 2° les axiomes, c’est-à-dire la conviction que chacune de ces catégories est applicable à tout objet perçu, en tant qu’il participe de notre essence comme perçu. Nous ne pouvons connaître de l’objet que ce par quoi il est en communication avec nous, ses déterminations dans les catégories qui sont précisément les nôtres. Notre science ne peut donc excéder la connaissance de nos catégories appliquées à nos perceptions. Tel est le domaine, telle est la limite du savoir de l’homme.

Toute application de nos propres catégories à l’univers entier est arbitraire et n’offre aucun caractère scientifique.

La nature active de notre esprit, son initiative lui permet de ne point s’arrêter à chaque terme de la série de ses perceptions ; il peut, par réflexion sur sa fonction même, dépasser toute perception et considérer comme accomplie son œuvre successive, mais dès lors il cesse de percevoir, et conçoit ; il conçoit le Tout dans l’absolu. Telle est son opération métaphysique ; il ne peut affirmer du Tout qu’une vérité, c’est qu’il existe par lui-même, vérité qui n’est point transcendante, mais qui découle de la définition du Tout. Du reste nous ignorons complètement les catégories du Tout, hormis celles qu’im-