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L’homme s’octroie une âme, et juge que les bêtes
Ne sont qu’un vague souffle agitant un vil corps :
« Je puis donc, leur dit-il, vous frapper sans remords,
Vous que le limon seul fit tout ce que vous êtes. »

« Tombez, dit-il aux bois dont il abat les têtes,
Vos élans vers le ciel sont d’aveugles efforts ! »
Ainsi l’homme insolent, pour ennoblir ses torts,
Les appelle des droits, et ses vols des conquêtes.

Tout être est sa pâture ou bien son portefaix ;
Souvent, sans besoin même, il mutile, il ébranche,
Et sa colère éclate à la moindre revanche.

Les fiertés de la brute, il les traite en méfaits.
Pour le joug qu’il t’impose, ô brute à face blanche,
Ne flétris point César ! il fait ce que tu fais.




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