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De viscères menus le viscère est produit,
Le sang naît du concours de mille gouttelettes
Toutes de sang, l’or vient de l’or même en paillettes,
La terre est un amas de corps terreux en miettes,
Le feu de corps ignés, et l’eau de corps aqueux,
Ainsi tous les objets de corps les mêmes qu’eux.
Il le croit, et pourtant ne veut du tout admettre
Ni vide en les objets, ni terme aux fractions ;
Sur l’un et l’autre point il me paraît commettre
La même erreur que ceux que plus haut nous citions.
En outre, il fait ainsi trop fragile le germe,
Si l’on peut appeler germe un principe tel,
Identique aux objets, pâtissant et mortel
Comme eux, et n’offrant rien, pour subsister, de ferme.
Lequel pourra tenir contre un puissant effort,
Et se pourra sauver, sous les dents de la mort ?
Est-ce le sang ? les os ? la flamme, l’air, ou l’onde ?
Aucun, certes, dès lors qu’au même titre tous
Seront aussi mortels que toute chose au monde
Que nous voyons lutter et périr devant nous.
Or, les choses jamais, j’en ai fourni les preuves,
Ne rentrent au néant et n’en remontent neuves.
     Puis, grâce aux mets, le corps s’accroît et s’entretient ;
Il s’ensuit que les os, les nerfs, le sang, les veines,
[1] Faits de mets variés, sont tous hétérogènes ;
Ou bien chaque élément est complexe et contient

  1. Nous avons complété le sens avec le vers suivant :

    Et nervos alienigenis ex partibus esse

    qu’on trouve dans diverses éditions, notamment dans celle de Lambin.