Page:Sully Prudhomme - Œuvres, Poésies 1878-1879, 1886.djvu/102

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Ombre qui n’est point l’âme et qui n’est plus le corps.
Et c’est là qu’il a vu la figure d’Homère,
Toujours jeune, surgir et de tristesse amère
Fondre en pleurs, puis ouvrir la Nature à ses yeux.
     Mais avant de sonder et d’expliquer les cieux,
Le soleil et la lune et la loi qui les mène,
Les forces de la terre et ses créations,
C’est nous qu’il faut d’abord que nous interrogions.
Qu’est donc la vie en nous ? Qu’est-ce que l’âme humaine ?
Quand des objets, le jour, ont frappé nos cerveaux,
Pourquoi se dressent-ils dans la fièvre ou le somme ?
Qui de nous n’a pas cru revoir, entendre un homme
Dont la terre enserrait depuis longtemps les os ?
     Je sens bien que des Grecs les recherches obscures
Ne peuvent par mes vers luire d’un jour plus beau ;
J’ai dû même innover des mots et des figures,
Car notre langue est pauvre et le sujet nouveau.
Mais ta vertu, l’espoir d’une amitié suave
M’allègent le fardeau que la fatigue aggrave ;
L’amitié, m’éveillant dans le calme des nuits,
Me dictera le mot, l’accent qui devant l’âme
Allume et fait courir une brillante flamme
Dont l’inconnu s’éclaire en ses profonds réduits.
Pour dissiper l’horreur de notre nuit profonde,
Le soleil ne peut rien, ni le jour éclatant ;
Mais la Nature parle et la Raison l’entend !

     Et voici le principe où la raison se fonde :
Rien n’est jamais sorti du néant par les Dieux.
Que si l’humanité tremble dans l’épouvante,