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Page:Sully Prudhomme - Œuvres, Poésies 1865-1866.djvu/80

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Je veux, entendez-vous, qu’elle soit grave et tendre,
           Qu’elle chérisse et qu’elle ait peur ;
Je veux que tout mon sang me serve à la défendre,
           À la caresser tout mon cœur.

Déjà dans l’inconnu je t’épouse et je t’aime,
           Tu m’appartiens dès le passe,
Fiancée invisible et dont j’ignore même
           Le nom sans cesse prononcé.

A défaut de mes yeux, mon rêve te regarde,
           Je te soigne et te sers tout bas :
« Que veux-tu ? Le voici. Couvre-toi bien, prends garde
           Au vent du soir, et ne sors pas. »

Pour te sentir à moi je fais un peu le maître,
           Et je te gronde avec amour ;
Mais j’essuie aussitôt les pleurs que j’ai fait naître,
           Implorant ma grâce à mon tour.

Tu t’assiéras, l’été, bien loin, dans la campagne,
           En robe claire, au bord de l’eau.
Qu’il est bon d’emporter sa nouvelle compagne
           Tout seul dans un pays nouveau !