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Page:Sully Prudhomme - Œuvres, Poésies 1865-1866.djvu/77

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Un Sérail


 
    J’ai mon sérail comme un prince d’Asie,
    Riche en beautés pour un immense amour ;
    Je leur souris selon ma fantaisie :
J’aime éternellement la dernière choisie,
        Et je les choisis tour à tour.

    Ce ne sont pas ces esclaves traîtresses
    Que l’Orient berce dans la langueur ;
    Ce ne sont pas de vénales maîtresses :
C’est un vierge harem d’amantes sans caresses,
        Car mon harem est dans mon cœur.

    N’y cherchez point les boîtes parfumées,
    Ni la guitare aux soupirs frémissants ;
    Chants et parfums ne sont qu’air et fumées :
C’est ma jeunesse même, ô douces bien-aimées,
        Que je vous brûle pour encens !