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Page:Sully Prudhomme - Œuvres, Poésies 1865-1866.djvu/67

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Et le fond demeure pareil :
Que l’univers s’agite ou dorme,
Rien n’altère sa masse énorme ;
Ce qui périt, fleur ou soleil,
N’en est que la changeante forme.

Mais la forme, c’est le printemps :
Seule mouvante et seule belle,
Il n’est de nouveauté qu’en elle ;
C’est par les formes de vingt ans
Que rit la matière éternelle !

Ô vous, qui tenez enlacés
Les amoureux aux amoureuses,
Bras lisses, lèvres savoureuses,
Formes divines qui passez,
Désirables et douloureuses !

Vous ne laissez qu’un souvenir,
Un songe, une impalpable trace !
Si fortement qu’il vous embrasse,
L’Amour ne peut vous retenir :
Vous émigrez de race en race.