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Page:Sully Prudhomme - Œuvres, Poésies 1865-1866.djvu/313

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En lisant Marc-Aurèle, Épictète ou Zénon,
Le rebelle désir d’éterniser mon nom.
Ah ! je voudrais l’inscrire en sculpture profonde
Sur la porte du Temps car où passe le monde,
Où chaque illustre main gravant un souvenir
Lègue au siècle nouveau celui qui va finir !
Je hais l’obscurité, je veux qu’on me renomme ;
Quiconque a son pareil, celui-là n’est pas homme :
Il porte encore au front la marque du troupeau.
Je n’ai ni dieu prêché, ni maître, ni drapeau,
Je n’ai point de patrie autre part qu’en mon rêve ;
Vos mœurs sont un niveau que mon dédain soulève,
Et, si je fais le bien, c’est une œuvre de moi
Que je dois à mon cœur et non pas à la loi.
La médiocrité comme un affront me pèse :
C’est un étroit pourpoint où je vis mal à l’aise ;
Il me courbe les reins, je veux marcher debout,
Ma respiration le fait craquer partout !

— La foule est bien nombreuse, et bien courte la vie ;
La route que tu suis, bien d’autres l’ont suivie,
Et bien peu sont debout ; mesure tes rivaux !
Estime à leur génie, enfant, ce que tu vaux.