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Page:Sully Prudhomme - Œuvres, Poésies 1865-1866.djvu/302

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II


L’ART


Si le monde en travail incessamment s’achève
Et pousse au but qu’il sait la meute des hasards,
Ce qu’on voit n’est qu’ébauche, et le vrai, c’est le rêve
C’est le monde réel, mais fini par les arts.

Sa beauté de demain, l’artiste la devine,
Pans la scorie épaisse il a pressenti l’or,
Et, plus impatient que la force divine,
Son génie a créé ce qu’elle essaye encor.

S’il n’avait rien conçu d’une plus grande vie,
O Vénus de Milo, pourrions-nous t’admirer ?
Il a devancé l’heure où tu dois respirer
Pour des amants parfaits sur la terre accomplie.

Dans le marbre pesant qui n’a pas de regard
Il t’a donné la forme, avant que la Nature
Ait su de ta beauté tisser la fleur future
Promise au seul baiser de ceux qui naîtront tard.