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Page:Sully Prudhomme - Œuvres, Poésies 1865-1866.djvu/300

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Et voici l’homme enfin ! La Nature s’apaise,
Elle a pour cette fête achevé ses apprêts ;
Du cratère qui brûle à la bouche qui baise
Elle a fait l’étonnant et douloureux progrès.

Et nous ne savons pas si le peuple des sphères
Ne nous prépare point d’indicibles printemps ;
Si, dans l’immensité, de vives atmosphères
N’attendent point en nous leurs premiers habitants.
Vous nous le promettez, ô filles de la terre,
Vos yeux parlent assez d’un voyage infini !
Ce monde inférieur, loin d’errer solitaire,
A des mondes plus beaux est sûrement uni :
Il l’est par le soleil, il l’est par son poids même,
Il attire le ciel, il en est attiré ;
Sirius embrasé me regarde, et je l’aime !
Attends un jour ! je meurs ! la vie est un degré :
J’étais aux premiers temps, car j’ai ma part de l’être,
Si l’être est éternel, j’en suis contemporain ;
Mais j’étais comme on dort, sans jouir ni connaître,
Et mon réveil fut lent ; puis, obscur pèlerin,
J’ai gravi vers l’azur et je m’y porte encore,
Et pour d’autres objets j’espère un sens nouveau ;
J’accomplis ton vieux rêve, ô sage Pythagore,