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Page:Sully Prudhomme - Œuvres, Poésies 1865-1866.djvu/294

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Tous les cris que sa bouche en silence amoncelle.
Un frisson court dans l’air, on écoute, elle dit,
Et le discours vibrant se déroule et grandit.
Comme le rameau plie au soupir du feuillage,
Son geste harmonieux rythme son beau langage,
Et, comme un vol d’oiseaux palpite au fond des bois,
Les ailes des pensers bruissent dans sa voix.
Un génie échappé de ses lèvres divines
Va secouer l’honneur dans toutes les poitrines :
L’héroïsme jaillit de l’unanimité !
Magnanime Éloquence, âme de la cité !
Quel peuple est terrassé, s’il peut ouïr encore
Sous la toge aux grands plis battre ton cœur sonore ?
Par ta bouche sacrés, les mots sont souverains ;
Quand bondit Mirabeau, lesquels sont le plus craints
Ou des mots ou des rois ? On dit que Démosthènes,
Haranguant la tempête avant d’instruire Athènes,
Les bras levés, front nu, les pieds dans le limon,
Marchait, sommant les flots qui disent toujours non ;
Et les flots verts jetaient, plus purs que nous ne sommes,
Des insultes de neige à l’orateur des hommes.
Mais, plus maître que lui, Mirabeau, c’est la met.
Il sévit, océan fougueux, mobile, amer,
Dont la vague soulève et dont le gouffre attire,