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Page:Sully Prudhomme - Œuvres, Poésies 1865-1866.djvu/290

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LA PAROLE


à léon chaillou


 
Voix antiques des flots, de la terre et des airs,
Écroulements lointains qui suivent les éclairs,
Frisson du lourd blé jaune aux taches de pivoines,
Chuchotement léger des fuyantes avoines,
Clairon des ouragans, fracas des grandes eaux,
Respiration vague et molle des roseaux,
Élégie enchaînée au fond des sources creuses,
Lamentable soupir des forêts ténébreuses,
Taisez-vous ! Trop longtemps de crainte ou de langueur,
Par un accent humain vous troublâtes le cœur,
Vous mentiez, taisez-vous ! Il n’est qu’un souffle au monde
A qui la raison fière en se levant réponde :
C’est la parole, ô bruits, et vous n’enseignez rien.
Ah ! si l’on vit s’asseoir sur le tigre indien