Ouvrir le menu principal

Page:Sully Prudhomme - Œuvres, Poésies 1865-1866.djvu/288

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



Le peuple alors se presse autour du nouveau temple :
Il rend hommage à l’homme, à la muse, au compas,
Et l’artiste orgueilleux dans le ciel se contemple,
Car c’est lui que la foule admire de si bas.

Auprès des grands piliers, accoudé sur la base,
Il lève ses regards vers les vastes plafonds ;
Toute sa vanité s’abîme dans l’extase,
Il pleure, il peut mourir de ces plaisirs profonds.

Oui, l’homme qui, serrant sa pensée avec force,
La jette chaude encor dans un moule du beau,
Celui-là dépérit, et son humaine écorce
Se crispe et se consume au toucher du flambeau.

Arbitres de nos cœurs, de quel droit, à quel signe
Distinguez-vous la honte au front des voluptés ?
Laquelle est généreuse et laquelle est indigne
Quand le même infini séduit les volontés ?

Qu’il attire le beau sur des lèvres célestes
Pour dire avec le marbre ou le luth son bonheur,
Qu’il affronte un vil peuple ou des soldats funestes,
L’amant de l’idéal expire au champ d’honneur.