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Page:Sully Prudhomme - Œuvres, Poésies 1865-1866.djvu/286

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Mais la mère pardonne au fruit qui la déchire,
Elle oublie en ses flancs les poignantes chaleurs,
Et, le voyant si beau, trouve un premier sourire
Humide et pâle encor des dernières douleurs

Celui qu’en d’autres cieux la mélodie entraîne,
Quand sous un archet sûr qui flatte en pénétrant
Il fait contre son sein vivre en un cœur de frêne
Ce soupir étouffé, ce chant grêle et souffrant ;

Quand, de ce même archet, délicat tout à l’heure,
Fouettant soudain la corde, à ses fougueux appels
Il la fait sangloter comme un enfant qui pleure,
Et, folle, crier grâce â des baisers cruels !

Ne sent-il pas dans l’air se dissiper sa vie
Et par modes égaux, délicieux tourment !
Courir dans tous ses nerfs l’irritante harmonie
Qui l’épuisé et le charme inexorablement ?

Le sculpteur, fasciné par le limon qu’il creuse,
Travaille seul, debout, comme étonné, sans voix ;
Son œil fixe et profond, sa main ferme et fiévreuse
Se portent de concert sur tout l’œuvre à la fois !