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Page:Sully Prudhomme - Œuvres, Poésies 1865-1866.djvu/285

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Le philosophe au loin voyait luire une flamme,
Et, fier, vers le mirage il s’est précipité ;
Mais l’espoir a trahi les ailes de son âme,
Au cœur de la substance il sent l’inanité.

Il ressemble au vaisseau sur des mers immobiles :
Les voiles sans appui tombent le long des mâts ;
Vainement la vigie a vu le bleu des îles,
L’abîme indifférent ne l’y portera pas.

Le soldat a posé son casque sur sa tête,
Le peuple l’accompagne, il est enfin parti,
Il s’est enfin jeté dans l’épaisse tempête !
Il chancelle d’un coup qu’il n’avait pas senti.

Le soir, se soulevant sur la plaine empourprée,
Il cherche, il voit là-bas les feux du camp vainqueur,
Il ne peut soutenir sa blessure altérée
Et tombe, avec la mort et la patrie au cœur,

Le poète tout bas récite son poème ;
Il en a bien souffert, s’il en a bien joui ;
Il connaît trop le prix des pauvres vers qu’il aime,
Au socle de sa harpe il reste évanoui.