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Page:Sully Prudhomme - Œuvres, Poésies 1865-1866.djvu/279

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Sa route le ramène en sa propre maison.
Nos yeux sont possesseurs de toutes les étoiles,
Mais nos pieds désormais se savent en prison.
Dans quels climats cachés le cœur sauvage et triste
Se pourra-t-il choisir un volontaire exil ?
Il n’est plus de déserts, l’iniquité persiste :
S’il demeure un seul juste, où se sauvera-t-il ?
Qu’il aille au nord, au sud, au couchant, à l’aurore,
Pour contempler en paix le ciel sévère et doux,
Il doit errer toujours de Sodome à Gomorrhe,
Les méchants lui crieront : « Cette place est à nous. »
Dans l’étroite limite où le sol les rassemble,
La force et le bon droit vont se heurter du front ;
L’équateur les enserre et les confond ensemble,
Ces ennemis mortels corps à corps lutteront !
Jéhovah n’est plus craint, la vieille arche est brûlée,
Et nous ne demandons aucun déluge aux flots ;
Sans allié divin, la justice acculée
Accepte vaillamment la bataille en champ clos.