Ouvrir le menu principal

Page:Sully Prudhomme - Œuvres, Poésies 1865-1866.djvu/274

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Et sa propre fureur eût servi ta vengeance ;
Mais une fois encor tu crus au repentir,
Et tu dis à Colomb : « Cherche une voile et marche,
Va toujours devant toi, par mon souffle emporté ;
Où luit la Croix du Sud je conduirai ton arche,
Car je veux par l’exil sauver la liberté ! »
Et l’inspiré partit. Qui ne sait l’aventure :
L’espoir, le doute ingrat, l’équipage ennemi,
Les trois sommations à l’horizon parjure,
La honte d’un retour, la peur de l’infini ?

L’Amérique était calme, et cependant vers elle
Accouraient effrayés tous les oiseaux marins ;
De l’approche du monstre ils portaient la nouvelle,
Mais l’incrédule terre apaisait leurs chagrins :
« Ils vont si lentement par des plaines si grandes ! »
Et les déserts dormaient sur la foi des deux mers.
Dans leur tranquillité se déployaient les Andes :
On aurait dit qu’Atlas du poids de l’univers
Avait, heureux Titan, soulagé son épaule,
Et qu’il dormait paisible au bord d’un océan,
Couché sur son fardeau, posant sa tête au pôle,
Et laissant ses pieds pendre aux flots de Magellan.
Quand il les vit ramper avec leurs faibles ailes,