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Page:Sully Prudhomme - Œuvres, Poésies 1865-1866.djvu/269

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L’AMÉRIQUE


 
Quand l’arche s’arrêta, du linceul gris des ondes
S’éleva lentement la terre d’aujourd’hui ;
Mais Dieu la divisa cette fois en deux mondes,
Une moitié pour nous, l’autre moitié pour lui.
Il nous livra l’Europe et l’Asie et l’Afrique,
Du Nil au Borysthène et de Marseille à Tyr ;
Mais il se réserva la féconde Amérique,
Voulant y voir son œuvre en liberté grandir.
Pour que ce monde heureux fût complet comme l’autre,
Il en ouvrit le ciel à des êtres humains,
Mais il ne plaça pas, comme il fit dans le nôtre,
Sous leur front le génie et le soc en leurs mains.
Il les laissa courir dans les vierges savanes,
Chasser, dormir, flatter leurs instincts sans remords,