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Page:Sully Prudhomme - Œuvres, Poésies 1865-1866.djvu/256

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Mais il cherche le ciel où les eaux économes
Roulent en noirs flocons, car il a soif surtout ;
Il souffre de ce char et de ce fleuve d’hommes,
Lui qui resta mille ans immobile et debout.

Comme un pilier de temple il vivait sans secousses,
Laissait les ouragans sur sa tête courir,
Et distillait l’orage en perles sur les mousses,
Noir l’été, blanc l’hiver, impuissant à mourir.


II


Pourquoi suivions-nous l’arbre, à pas lents, sans rien dire ?
Étions-nous assombris par de lointains regrets ?
Toute femme est dryade et tout nomme est satyre :
On redevient sauvage à l’odeur des forêts.

Sous un fouet implacable, entre les murs des villes,
On pense aux porches verts pleins de mourants échos :
On rêve, au lieu de l’or et des labeurs serviles,
L’arc et la chasse errante aux savoureux repos.