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Page:Sully Prudhomme - Œuvres, Poésies 1865-1866.djvu/237

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Qu’un rêveur n’est plus rien quand son front a pâli,
Et que le plus fameux, cherchant un Prytanée,
Ne trouve que l’insulte, et le rire, et l’oubli ;
Qu’on pourra t’accuser de tendre des mains viles
Pour n’avoir pas vendu le toit de tes aïeux,
Car un peuple à ses rois fait des listes civiles,
Mais il ne sait plus faire une offrande à ses dieux.
Et tu diras en vain que tes chants sont utiles,
Que nul œuvre n’est grand sans l’inspiration :
Ce n’est plus aujourd’hui que surgissent les villes
A la puissante voix d’un sublime Amphion.
Le monde répondra : « Non, je me civilise.
Je veux des ouvriers et surtout des soldats :
Le trafic enrichit et la guerre est permise ;
Tu me dois ton amour, ton génie et ton bras ! »