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Page:Sully Prudhomme - Œuvres, Poésies 1865-1866.djvu/233

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Il se tourne, il voit l’homme ; il trépigne et veut mordre :
Et l’homme audacieux l’a pris par les naseaux.
Le quadrupède altier se rassemble et recule,
Il se cabre, il bondit, se jette par côté,
Et, secouant la main que son haleine brûle,
Au roi majestueux résiste épouvanté.
En fatigants transports il s’use et se consume.
Car il est contenu par un lutteur adroit
Qui de son bras nerveux tout arrosé d’écume
Oppose à sa fureur un obstiné sang-froid.
Le cheval par ses bonds lui fait fléchir le torse,
Dans le sable foulé lui fait mettre un genou ;
Puis par le poing du maître il est courbé de force,
Et touche par moments sa croupe avec son cou.
Enfin, blanc de sueur et le sang à la bouche,
Le rebelle a compris qu’il fallait composer :
« Je t’appartiens, tyran, dit le poulain farouche ;
Quel joug déshonorant veux-tu donc m’imposer ?
Crois-moi, je ne suis point un serviteur vulgaire :
Quand on les a sanglés, tous mes pareils sont morts ;
Tu me peux librement, à la chasse, à la guerre,
Conduire par la voix sans cravache et sans mors.
J’ai la fidélité si l’homme a la prudence,
Dans tes regards divins je lirai tes désirs ;