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Page:Sully Prudhomme - Œuvres, Poésies 1865-1866.djvu/232

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C’est son premier beau jour, c’est la première fête
De sa vigueur naissante et de sa liberté !
Fils indiscipliné, seul devant la nature,
Il éprouve un orgueil qu’il ne connaissait pas,
Et, l’œil tout ébloui de jour et de verdure,
Il ne sait où porter la fougue de ses pas.
Va-t-il dans l’Océan braver les flots superbes
Sous son poitrail blanchi sans cesse reformés,
Ou lutter dans la plaine avec les hautes herbes,
Se rouler et dormir dans les foins embaumés ?
Va-t-il gravir là-bas les montagnes vermeilles ?
Pour sauter les ravins ployer ses forts jarrets ?
Ou, se fouettant les flancs pour chasser les abeilles,
Sur la bruyère en fleurs courir dans les forêts ?
Va-t-il, sur les gazons, poursuivant sa compagne,
Répandre sa jeunesse en généreux ébats ?
Ou, l’ami d’un guerrier que la mort accompagne,
Respirer l’air bruyant et poudreux des combats ?
Quels seront ses plaisirs ? Pendant qu’il délibère
Et que sur la campagne il promène les yeux,
Il sent derrière lui comme une aile légère
D’un toucher caressant flatter ses crins soyeux,
Puis un poignet soudain les saisir et les tordre…
Oh ! ce n’étaient donc pas les vents ou les oiseaux ?…