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Page:Sully Prudhomme - Œuvres, Poésies 1865-1866.djvu/196

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Comme le moribond sur ce qui l’environne
Porte des yeux troublés par la funèbre nuit,
Et, dans l’éternité suspendu, se cramponne
A l’heure, à la minute, à l’instant qui s’enfuit ;

Ainsi, devant le ciel où j’épelle un mystère,
Jouet de l’ignorance et du pressentiment,
J’appuie, épouvanté, mes mains contre la terre ;
Ma bouche avec amour la presse aveuglément.

Tremblant, je me resserre en mon étroite place
Je ne veux respirer qu’en mon humble milieu ;
Il ne m’appartient pas de voir le ciel en face :
La profondeur du ciel est un regard de Dieu ;

Non de ce Dieu vivant qui parle dans la Bible,
Mais d’un Dieu qui jamais n’a frappé ni béni,
Et dont la majesté dédaigneuse et paisible
Écrase en souriant l’homme pauvre et fini.

Garde au faite sacré ta solitude altière,
O Maître indifférent dans ta force endormi ;
Moi, je suis homme, il faut que je souffre et j’espère ;
J’ai besoin de pleurer sur le front d’un ami.