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Page:Sully Prudhomme - Œuvres, Poésies 1865-1866.djvu/183

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Maintenant tout est las, et l’ardente nature
S’affaisse et s’abandonne aux bras morts de l’ennui ;
L’astre accepte son cours, le rocher sa structure,
L’éléphant colossal regrette l’âge enfui ;
Car tous les grands rôdeurs de la haute verdure
S’en vont : des troupeaux vils broutent l’herbe aujourd’hui.

L’Etna dort, et les vents balancent leur fouet lâche ;
La terre est labourée ; à chaque endroit son nom,
Sa ville et ses chemins. L’Océan seul dit : « Non !
Sois riche, ô Terre esclave, en faisant bien ta tâche ;
Je fais ce que je veux. Si ta splendeur me fâche,
J’irai poser ma perle au front du Parthénon ;

« Je franchirai mes murs, si vous passez les vôtres,
Mortels, fils des Caïns et des Deucalions ;
Heurtant vos sapins creux les uns contre les autres,
J’ai vengé votre Dieu de vos rébellions ;
J’ai, comme Orphée, Homère et vos plus grands apôtres,
Sur les monts à mes pieds fait pleurer les lions… »

L’Océan gronde ainsi ; toi, sa nymphe chérie,
Tu ne t’alarmes pas de son courroux divin :
Si ses flots obstinés, redoublant de furie,