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Page:Sully Prudhomme - Œuvres, Poésies 1865-1866.djvu/182

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Les lis bleus, les cactus et les roses de l’onde ;
Et jamais les jardins de ce merveilleux monde
N’éprouvent les retours de nos courtes saisons.

Quand notre jour finit, ton aurore commence :
Las d’un brûlant chemin, las d’espace et d’éther,
Le dieu qui fait frémir nos blés dans leur semence
Descend avec délice au fond du lit amer ;
L’abîme vert se teint d’une rougeur immense,
Et tout le firmament s’éveille dans la mer.

C’est l’heure où la sirène enchanteresse attire
Les imprudents rêveurs à la poupe inclinés,
Où sur le dos glissant de son affreux satyre
La naïade poursuit les astres entraînés,
Où les monstres nageurs explorent leur empire,
En promenant leurs dieux qui sont les premiers nés.

Leurs dieux leur ont gardé la liberté première,
Quand le jeune chaos, plus hardi que les lois,
Mêlant la terre au ciel et l’onde à la lumière,
Lâchait toute matière au nasard de son poids,
Et, brisant toute écorce où l’âme est prisonnière,
Laissait tous les amours s’échapper à la fois.