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Page:Sully Prudhomme - Œuvres, Poésies 1865-1866.djvu/136

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Sonnet


 
Les villages sont pleins de ces petites filles
Roses avec des yeux rafraîchissants à voir,
Qui jasent en courant sous le toit du lavoir ;
Leur enfance joyeuse enrichit leurs guenilles ;

Mais elles vont bientôt se courber et s’asseoir,
Serves du champ pénible et des vives aiguilles ;
Les vierges ne sont pas, dans les pauvres familles,
Des colombes qu’un grain nourrit de l’aube au soir.

Ô Mort, puisqu’une fois tu leur permis de naître,
Laisse-les vivre en paix leurs quinze ans pour connaître
Des premières amours le ravissant effroi ;

Puis tout à coup prends-les, prends-les toutes ensemble,
Ô Mort ! Paris les compte, il les guette, et je tremble
Que mon propre baiser ne les perde avant toi.