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Page:Sully Prudhomme - Œuvres, Poésies 1865-1866.djvu/102

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Et sa mère, qui voit sa langueur maladive,
Sa paupière où sans cesse un pleur furtif arrive,
             Lui dit tout bas en la priant :
« Viens, quel plaisir veux-tu ? veux-tu que je te suive
             Sous un nouveau ciel plus riant ?

— Mon plaisir et mon ciel, mère, c’est ma pensée.
Son image en mon cœur doucement caressée,
             Voilà mon plaisir aujourd’hui ! »
Et la mère murmure : « Insensée, insensée,
             Tu ne seras jamais à lui. »

Ah ! si jamais des pleurs dont je fusse la cause
Tombaient de tes yeux bleus sur ta poitrine rose,
             Jeune fille au naïf tourment ;
Si ta main qui se donne et sur ton cœur se pose
             Pour moi sentait un battement ;

Si dans ton âme pure où Dieu seul et ta mère
Gravent leurs noms bénis ; si dans ce sanctuaire
             Mon image aussi pénétrait,
Et si tu restais là rêveuse et solitaire
             Pour en évoquer chaque trait ;