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Page:Stevenson - Le Mort vivant.djvu/91

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Il travaillait ferme, — et chacun de ses coups de marteau avait une précision admirable, — pendant que Julia, debout près de lui, en silence considérait plutôt l’ouvrier que l’ouvrage. Elle songeait que M. Forsyth était un fort un bel homme ; jamais encore elle n’avait vu des bras aussi vigoureux. Et tout à coup Gédéon, comme s’il avait deviné ses pensées, se retourna vers elle et lui sourit. Elle sourit aussi, et rougit : et ce double changement lui seyait si bien que Gédéon oublia de regarder où il frappait, de telle sorte que, quelques secondes après, le pauvre garçon assénait un coup terrible sur ses propres doigts. Avec une présence d’esprit touchante, il parvint, non seulement à retenir, mais à changer même en une plainte anodine le pittoresque juron qui allait sortir de ses lèvres. Mais la douleur était vive ; la secousse nerveuse avait été trop forte : et, après quelques essais, il s’aperçut qu’il ne pouvait pas songer à poursuivre l’opération.

Aussitôt Julia courut dans sa chambre, apporta une éponge, de l’eau, une serviette, et commença à baigner la main blessée du jeune homme.

— Je regrette, infiniment ! s’excusait Gédéon. Si j’avais eu le moindre savoir-vivre, j’aurais ouvert la caisse d’abord, et me serais ensuite écrasé les doigts ! Oh ! ça va déjà beaucoup mieux ! ajou-