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était encore sur pied, et n’offrait encore qu’une figure demi-vénérable, dans les rues où il aimait à se promener. La chose était, — je dois ajouter, — d’autant plus scandaleuse que Masterman avait toujours mené (jusque dans les moindres détails) une vie anglaise véritablement modèle. L’activité, la régularité, la décence, et un goût marqué pour le quatre du cent, toutes ces vertus nationales qu’on s’accorde à considérer comme les bases mêmes d’une verte vieillesse, Masterman Finsbury les avait pratiquées à un très haut degré : et voilà où elles l’avaient conduit, à soixante-treize ans ! Tandis que Joseph, à peine plus jeune de deux ans, et qui se trouvait dans le plus enviable état de conservation, s’était toute sa vie disqualifié à la fois par la paresse et l’excentricité. Embarqué d’abord dans le commerce des cuirs, il s’était bientôt fatigué des affaires. Une passion malheureuse pour les notions générales, faute d’avoir été réprimée à temps, avait commencé, dès lors, à saper son âge mûr. Il n’y a point de passion plus débilitante pour l’esprit, si ce n’est peut-être cette démangeaison de parler en public qui en est, d’ailleurs, un accompagnement ou un succédané assez ordinaire. Dans le cas de Joseph, du moins, les deux maladies étaient réunies : peu à peu s’était déclarée la période aiguë, celle où