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Page:Stevenson - Le Mort vivant.djvu/70

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dans la salle publique d’une taverne. Mais je n’ai pu m’empêcher de relire certains calculs que j’ai faits, ce matin même, sur le prix moyen de la vie dans ce pays-ci et dans d’autres pays : un sujet (ai-je besoin de le dire ?) particulièrement intéressant pour des représentants des classes laborieuses. Oui, j’ai calculé d’après une échelle de revenus allant de quatre-vingts à deux cent quarante livres par an. Le revenu de quatre-vingts livres n’a pas été sans m’embarrasser très longtemps ; et, maintenant encore, mes chiffres, en ce qui le touche, comportent une légère part d’aléa ; car les différents modes du blanchissage, par exemple, suffisent pour créer de sérieuses différences dans les frais généraux. Au reste, je vais vous demander la permission de vous lire le résultat de mes recherches ; et j’espère que vous ne vous ferez pas scrupule de me signaler les menues erreurs que j’aurai pu commettre, soit par insuffisance d’information ou par négligence. Je débuterai, messieurs, par le revenu de quatre-vingts livres !

Sur quoi le vieillard, avec moins de pitié pour ces pauvres diables qu’il en aurait eu pour des animaux, s’épancha de ses fastidieuses et ineptes statistiques. Il donnait, de chaque revenu, neuf versions successives, transportant tour à tour son personnage imaginaire à Londres, Paris, Bagdad,