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Page:Stevenson - Le Mort vivant.djvu/69

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cette classe, à savoir leur appétit pour de menus faits sans lien, et leur culte par les raisonnements en l’air. Aussi notre ami résolut-il aussitôt de s’offrir encore, avant la fin de cette mémorable journée, la saine jouissance d’une allocution. Il tira ses lunettes de leur étui, les affermit sur son nez, prit dans sa poche une liasse de papiers et les répandit, devant lui, sur une table. Il les déplia, les aplanit d’un geste complaisant. Tantôt il les soulevait jusqu’à la hauteur de son nez, évidemment ravi de leur contenu ; tantôt, les sourcils froncés, il paraissait absorbé dans l’étude de quelque détail important. Un coup d’œil furtif dans la salle lui suffit pour s’assurer du succès de sa manœuvre : tous les yeux étaient tournés vers lui ; les bouches béaient, les pipes reposaient sur les tables ; les oiseaux se trouvaient charmés. Et, au même moment, l’entrée de M. Watts vint fournir à l’orateur la matière de son exorde :

— J’observe, Monsieur, — dit-il en s’adressant à l’aubergiste, mais avec un regard encourageant pour le reste de l’auditoire, comme s’il avait voulu faire entendre que chacun était le bienvenu dans sa confidence, — j’observe que quelques-uns de ces messieurs me considèrent avec curiosité ; et c’est, en effet, chose peu commune de voir un homme s’occuper à des recherches intellectuelles