Ouvrir le menu principal

Page:Stevenson - Le Mort vivant.djvu/60

Cette page a été validée par deux contributeurs.


en songeant que, pendant que Maurice et Jean s’ensanglantaient les mains pour cacher dans le sable le corps d’un homme qui ne leur était rien, leur oncle dormait d’un bon sommeil reconstituant à quelques cents pas d’eux.

Il fut réveillé par l’agréable son d’une trompe, venant de la grand-route voisine, où un mailcoach promenait un groupe de touristes attardés. Le son égaya le vieux cœur de Joseph, et dirigea ses pas par-dessus le marché, si bien qu’il ne tarda pas, lui-même, à se trouver sur la grand-route, regardant à droite et à gauche, sous sa visière, et se demandant ce qu’il devait faire de lui. Bientôt un bruit de roues s’éleva dans le lointain, et Joseph vit approcher un chariot de camionnage, chargé de colis, conduit par un cocher d’apparence bienveillante, et portant imprimée sur ses deux côtés la légende : J. Chandler, camionneur. Fût-ce un vague (et bien imprévu) instinct poétique qui suggéra à l’oncle Joseph l’idée de poursuivre son évasion dans le chariot de M. Chandler ? Je croirais plutôt à des considérations d’ordre plus foncièrement pratique. Le voyage se ferait à bon marché ; peut-être même, avec un peu d’adresse, Joseph pourrait il obtenir de voyager gratuitement. Restait bien la perspective de prendre froid sur le siège ; mais, après des années de