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Page:Stevenson - Le Mort vivant.djvu/55

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cheminée fumait ; et, bientôt, un coup de vent envoya dans la grande chambre, à travers les fentes des fenêtres, une véritable averse de pluie. Par intervalles, lorsque la mélancolie des deux locataires risquait de tourner au désespoir, Maurice débouchait la bouteille de whisky ; et, d’abord, Jean accueillait avec joie cette diversion. Mais le plaisir de la diversion fut de courte durée. J’ai dit déjà que ce whisky était le plus mauvais de tout le Hampshire ; ceux-là seuls qui connaissent le Hampshire pourront apprécier l’exacte valeur de ce superlatif ; et, à la fin, le Grand Vance lui-même, — qui n’était cependant pas un connaisseur, — ne trouva plus le courage d’approcher de ses lèvres l’infecte décoction. Qu’on imagine, s’ajoutant à tout cela, la venue des ténèbres, faiblement combattues par une misérable chandelle qui s’obstinait à ne brûler que d’un côté : et l’on comprendra que, tout à coup, Jean se soit arrêté de siffler entre ses doigts, exercice auquel il se livrait depuis une heure pour essayer de trouver un peu d’oubli dans les joies de l’art.

— Jamais je ne pourrai rester un mois ici ! déclara-t-il. Personne n’en serait capable ! Toute ton affaire est folle, Maurice ! Allons-nous en d’ici tout de suite !

Avec une admirable affectation d’indifférence,