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Page:Stevenson - Le Mort vivant.djvu/270

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ferait-il, je me le demande, s’il avait sur le dos tout ce que j’y ai ? »

Mais ce n’étaient point là des arguments d’une honnêteté irréprochable, et le scrupuleux Maurice s’en rendait bien compte. Il ne pouvait se dissimuler que son frère Jean n’était pas du tout « à la fête », lui non plus, dans le marécageux cottage de Browndean, sans nouvelles, sans argent, sans draps de lit, sans l’ombre d’une société ou d’une distraction. De telle sorte que, lorsqu’il eut été rasé, Maurice en arriva à concevoir la nécessité d’un compromis.

« Le pauvre Jeannot, se dit-il, est vraiment dans une noire purée ! Je ne peux pas lui envoyer d’argent ; mais je sais ce que je vais faire pour lui, je vais lui envoyer le Lisez-moi ! Ça le remontera, et puis on lui fera plus volontiers crédit quand on verra qu’il reçoit quelque chose par la poste ! »

En conséquence de quoi, sur le chemin de son bureau, Maurice acheta et expédia à son frère un numéro de ce réconfortant périodique, auquel (dans un accès de remords) il joignit, au hasard, l’Athenœum, la Vie chrétienne, et la Petite Semaine pittoresque. Ainsi Jean se trouva pourvu de littérature, et Maurice eut la satisfaction de se sentir un baume sur la conscience.