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Page:Stevenson - Le Mort vivant.djvu/250

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coulante du jeu, il était sans rival. Et Harker l’écoutait de toutes ses oreilles. La Fille que j’ai laissée derrière moi, d’abord, le pénétra de désespoir, en lui donnant conscience de sa propre infériorité. Mais le Plaisir du soldat, ensuite, le souleva, pardessus la jalousie, jusqu’à l’enthousiasme le plus généreux.

— À votre tour ! lui dit l’homme à l’allure militaire, en lui offrant le flageolet.

— Oh ! non, pas après vous ! s’écria Harker. Vous êtes un artiste !

— Pas du tout ! répondit modestement l’inconnu : un simple amateur, tout comme vous. Et je vais vous dire mieux que cela ! J’ai une manière à moi de jouer du flageolet : vous, vous en avez une autre, et je préfère la vôtre à la mienne. Mais, voyez-vous, j’ai commencé quand je n’étais encore qu’un gamin, avant de me former le goût ! Allons, jouez-nous encore cet air ! Comment donc cela est-il ?…

Et il affecta de faire un grand effort pour se rappeler le Garçon de charrue.

Un timide espoir (et d’ailleurs insensé) jaillit dans la poitrine de Harker. Était-ce possible ? Y avait-il vraiment « quelque chose » dans son jeu ? Le fait est que lui-même, parfois, avait eu l’impression d’une certaine richesse poétique, dans les sons