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Page:Stevenson - Le Mort vivant.djvu/229

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rière la porte, craignant de bouger, craignant de respirer, craignant de penser à ce qui allait suivre. Chaque minute de son incarcération lui valait un surcroît d’ennuis et de détresse. Du moins se disait-il, avec gratitude, que cette phase spéciale de sa vie ne pouvait pas durer éternellement ; et il se disait que, quoi qu’il dût lui arriver ensuite (fût-ce le bagne ! ajoutait-il avec amertume et d’ailleurs avec irréflexion), il ne pourrait manquer de s’en trouver soulagé. Il se rappela que, au collège, de longues additions mentales lui avaient souvent servi de refuge contre l’ennui du piquet ou du cabinet noir, et, cette fois encore, il essaya de se distraire en additionnant indéfiniment le chiffre deux à tous les chiffres formés par des additions antérieures.

Ainsi s’occupaient ces deux jeunes personnes, — Gédéon procédant résolument à ses additions, Julia déposant vigoureusement sur son album des couleurs qui gémissaient de se trouver réunies, — lorsque la Providence envoya dans leurs eaux un paquebot à vapeur qui, en soufflant, remontait la Tamise. Tout le long des berges, l’eau s’enflait et retombait, les roseaux bruissaient ; le pavillon lui-même, ce vieux bateau depuis longtemps accoutumé au repos, retrouva soudain son humeur voyageuse d’autrefois, et se mit à exécuter un