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Page:Stevenson - Le Mort vivant.djvu/131

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même à Rome, aux frais d’un marchand de corsets, son cousin, qui malheureusement n’avait pas tardé à faire faillite ; et bien que personne jamais n’eût poussé l’incompétence artistique jusqu’à lui soupçonner le moindre talent, on avait pu supposer qu’il avait un peu appris son métier. Mais dix-huit ans d’enseignement l’avaient dépouillé du maigre bagage de ses connaissances. Parfois les artistes à qui il sous-louait des ateliers ne pouvaient s’empêcher de le raisonner ; ils lui remontraient, par exemple, combien c’était chose impossible de peindre de bons tableaux à la lumière du gaz, ou des nymphes grandeur nature sans le secours d’un modèle. « Oui, je sais cela ! répondait-il. Personne ne le sait mieux que moi dans tout Norfolk-Street. Et je vous assure que, si j’étais riche, je n’hésiterais pas à employer les meilleurs modèles de Londres. Mais, étant pauvre, j’ai dû apprendre à me passer d’eux ! Un modèle qui viendrait de temps à autre, voyez-vous ? ne servirait qu’à troubler ma conception idéale de la figure humaine ; loin d’être un avantage, ce serait un réel danger pour ma carrière d’artiste. Et quant à mon habitude de peindre à la lumière artificielle du gaz, je reconnais qu’elle n’est pas sans inconvénients ; mais j’ai bien été forcé de l’adopter, puisque toutes mes journées se trou-