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le patient fait des conférences gratuites ; et, avant que peu d’années se fussent passées, l’infortuné en était arrivé au point d’être prêt à entreprendre un voyage de cinq heures pour parler devant les moutards d’une école primaire.

Non pas que Joseph Finsbury fût, le moins du monde, un savant ! Toute son érudition se bornait à ce que lui avaient fourni les manuels élémentaires et les journaux quotidiens. Il ne s’élevait pas même jusqu’aux encyclopédies ; c’était « la vie, disait-il, qui était son livre ». Il était prêt à reconnaître que ses conférences ne s’adressaient pas aux professeurs des universités : elles s’adressaient, suivant lui, « au grand cœur du peuple ». Et son exemple tendrait à faire croire que le « cœur » du peuple est indépendant de sa tête : car le fait est que, malgré leur sottise et leur banalité, les élucubrations de Joseph Finsbury étaient, d’ordinaire, favorablement accueillies. Il citait volontiers, entre autres, le succès de la conférence qu’il avait faite aux ouvriers sans travail, sur : Comment on peut vivre à l’aise avec deux mille francs par an. L’Éducation, ses buts, ses objets, son utilité et sa portée, avait valu à Joseph, en plusieurs endroits, la considération respectueuse d’une foule d’imbéciles. Et quant à son célèbre discours sur l’Assurance sur la vie envisagée