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Page:Stendhal - Vies de Haydn, de Mozart et de Métastase, Lévy, 1854.djvu/32

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dans la poche de l'enfant. On conçoit la joie de celui-ci. Haydn m’a souvent rappelé ce trait, et il ajoutait, en riant, que toutes les fois qu’il lui arrivait de triller, il croyait voir encore ces superbes cerises.

On sent bien que Reüter ne retourna pas seul à Vienne ; il emmena le nouveau trilleur. Haydn avait huit ans environ. Dans sa petite fortune, on ne trouve aucun avancement non mérité, aucun effet de la protection de quelque homme riche. C’est parce que le peuple en Allemagne aime la musique, que le père d’Haydn l’apprend un peu à son fils, que son cousin Frank la lui enseigne un peu mieux, et qu’enfin il est choisi par le maître de chapelle de la première église de l'empire. C’est une suite toute simple de la manière d’être du pays, relativement à l’art que nous aimons.

Haydn m’a dit qu’à partir de cette époque, il ne se souvenait pas d’avoir passé un seul jour sans travailler seize heures, et quelquefois dix-huit. Il faut remarquer qu’il fut toujours son maître, et qu’à Saint-Étienne le travail obligé des enfants de chœur n’était que de deux heures. Nous cherchions ensemble la cause de cette étonnante application. Il me contait que, dès l’âge le plus tendre, la musique lui avait fait un plaisir étonnant. Entendre jouer d’un instrument quelconque, était plus agréable pour lui que courir avec ses petits camarades. Quand, badinant avec eux dans la place voisine de Saint-Étienne, il entendait l’orgue, il les quittait bien vite, et entrait dans l’église.

Arrivé à l’âge de composer, l’habitude du travail était prise : d’ailleurs, le compositeur de musique a des avantages sur les autres artistes; ses productions sont finies quand elles sont imaginées.

Haydn, qui trouvait des idées si belles et en si grand nom-