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CHAPITRE VI




C
ette dépense, qui eût semblé si sotte à Boissaux un mois après son arrivée à Paris, parut décisive à Féder, qui, depuis plus de quinze jours, observait et doutait. Donner des conseils à un provincial millionnaire est chose si dangereuse ! Mais, d’un autre côté, l’idée funeste que Féder voyait chez Delangle était d’un péril si imminent !

Pour rendre ses conseils moins odieux, Féder résolut de les donner à Boissaux avec un ton grossier.

Comme un enrichi n’est pas homme à laisser perdre la plus petite jouissance de vanité, un jour Boissaux faisait admirer à Féder quatre-vingts nouveaux volumes, bien dorés sur tranche, qui venaient de lui arriver de Paris.

— Erreur, lui dit Féder, avec un regard terrible, erreur, déplorable erreur ! En jetant votre argent pour acheter ces livres, vous détruisez comme à plaisir la position que je voulais vous faire.