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FÉDER


de se transporter chez la princesse N…, et il s’agissait d’un grand portrait compliqué, qui eût été payé peut-être quatre mille francs ; toutes les dames les plus huppées vont dans son atelier ; il a même une remise couverte, au fond de sa cour, pour abriter les chevaux de prix qui attendent. Mais n’importe, c’est un original comme tous les hommes de génie, et il a de l’amitié pour moi ; c’est une question que je peux hasarder ; mais prenez garde, mon cher beau-frère, n’allez-pas lui adresser quelqu’un de vos mots légers et qui peuvent sembler durs, ou bien faire une plaisanterie ; il nous échappe, et nous ne tenons rien.

— Quoi, morbleu ! un homme comme moi, Jean-Thomas Boissaux, je serai obligé de m’observer en parlant à un rapin !

— Eh bien, ne voilà-t-il pas déjà vos mots durs et méprisants ! Cela peut être de mise à Bordeaux, où tout le monde, jusqu’au dernier gamin de la rue, connaît vos trois millions ; mais persuadez-vous bien qu’à Paris, où personne ne connaît personne, on ne juge les gens que par l’habit, et permettez-moi de vous le dire, le sien a un ornement que le vôtre ne possède pas encore, monsieur le vice-président du tribunal de commerce.

— Allez, poussez, dites-moi des choses