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Page:Stendhal - Mémoires d’un Touriste, II, Lévy, 1854.djvu/49

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MÉMOIRES D’UN TOURISTE.

partie de l’Europe, dans les contrées où l’on jouît encore du bonheur de sentir une piété passionnée. En Espagne et en Italie, quelle consolation de voir, extrêmement malheureuse par amour, cette belle madone, de qui dépend notre bonheur éternel !

Toutes ces choses et d’autres plus difficiles à sauver des objections de mauvaise foi, et que je n’écris pas, j’ai eu le plaisir de les dire à une femme aimable que nous avons recrutée à Vannes. Voilà le plaisir de ne pas courir la poste. Cette dame, son mari et moi, nous avons pris ensuite du café au lait admirable[1].

Le savant qui, quoique célibataire et âgé, a su si bien résister à une conspiration féminine, m’avait fort recommandé d’aller à Josselin visiter la statue de Vénus, si célèbre en Bretagne par le genre de sacrifice qu’elle exige. Mais je me suis figuré, je ne sais pourquoi, que la statue est laide ; et mon métier me fait un devoir d’aller ouvrir les lettres qui m’attendent à la poste de Rennes.

À mesure qu’on approche de cette capitale de la Bretagne, la fertilité du pays augmente. Et toutefois souvent la route est établie sur le roc de granit noir, à peine recouvert d’un pouce de terre.

Comme je savais que Rennes avait été entièrement détruite par l’incendie de 1720, je m’attendais à n’y rien trouver d’intéressant sous le rapport de l’architecture. J’ai été agréablement surpris. Les citoyens de Rennes viennent de se bâtir une salle de spectacle, et, ce qui est bien plus étonnant, une sorte de promenade à couvert (première nécessité dans toute ville qui prétend à un peu de conversation).

  1. En passant à Ploërmel, le lecteur pourra faire des questions sur l’incendie de la sous-préfecture, et les élections de 1857. C’est un ordre de faits que je me garderai d’effleurer ici, de peur d’éveiller chez le lecteur libéral ou légitimiste des sentiments violents qui feraient bien mépriser les pauvres petites sensations modérées et littéraires que ce voyage peut lui offrir. Voir le Journal des Débats et le Courrier français du 10 janvier 1838.