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Page:Stendhal - Mémoires d’un Touriste, II, Lévy, 1854.djvu/45

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MÉMOIRES D’UN TOURISTE.

féminine, et nous a donné un très-bon dîner qui a été vingt fois plus gai que s’il n’y avait pas eu de conspiration.

Un savant d’académie eût été hors de lui de désespoir, il eût vu dans le lointain une nuée d’épigrammes, le brave Breton plaisantait le premier : « N’est-ce pas, messieurs, que c’est là un vrai tour de femmes ? » nous disait-il. Et l’on s’est mis à médire des dames dès le potage.

(Je supprime dix-neuf pages d’anecdotes un peu trop lestes, et qui eussent paru ce qu’elles sont, c’est-à-dire charmantes en 1757.)

On est venu à parler des revenus des curés du pays ; on a cité M. le curé de ****, qui se fait quinze cents francs par an avec les poignées de crin qu’on lui donne pour chaque bœuf ou cheval qu’il bénit. La bénédiction ne guérit pas des maladies, ce qui serait difficile à montrer ; elle en préserve.

Je paye cette anecdote par le récit suivant : il y a trois ans qu’à Uzerches, une des plus pittoresques petites villes de France et des plus singulièrement situées, je fus témoin d’une façon nouvelle de guérir les douleurs rhumatismales. Il faut jeter un gros peloton de laine filée à la statue du saint, patron de la ville. Mais les croyants sont séparés du saint par une grille qui en est bien à vingt pas, et, pour faire effet, il faut que le peloton de laine, lancé par un homme qui a un rhumatisme à la jambe gauche, par exemple, atteigne précisément la jambe gauche du saint. Le malade lance donc des pelotons fort gros jusqu’à ce qu’il ait atteint chez le saint la partie du corps dont il a à se plaindre. Et l’on veut que le clergé tolère la liberté de la presse !

Dans une ville voisine on a l’usage d’enfermer les fous dans la crypte ou église souterraine de la principale église. « Et, demandai-je au bedeau, ils sont guéris ? — Monsieur, de mon temps on y en a mis trois, mais cela n’a pas réussi ; ils criaient beaucoup, et l’un d’eux est devenu perclus de rhumatismes, il a fallu le retirer. »