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Page:Stendhal - Mémoires d’un Touriste, I, Lévy, 1854.djvu/70

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ŒUVRES DE STENDHAL.

avec peine, je l’avoue, et uniquement pour accomplir le devoir de voyageur, que je suis monté à Saint-Lazare, la cathédrale du pays ; elle est située dans un lieu élevé, et de plus on y arrive par un assez grand nombre de marches. De ce point fort bien choisi, on domine la ville et une partie de la campagne. Cette église montre la transition de l’architecture romane à la mode nouvelle nommée architecture gothique. La nef est de 1140, et offre le mélange de l’ogive et du plein cintre.

La façade de Saint-Lazare est fort bien. Le sacristain m’a fait remarquer le loup et la cigogne, Androclès et son lion sculptés sur deux chapiteaux à gauche en entrant. Combien cette sculpture attriste l’œil qui vient de jouir des proportions de l’antique ! Quelle laideur, grand Dieu ! Il faut être bronzé pour étudier notre architecture ecclésiastique.

J’ai trouvé dans la chapelle du baptistère un assez joli bas-relief représentant la Madeleine et Jésus-Christ. À la vérité il n’y a pas d’idéal : la Madeleine est tout bonnement le portrait d’une fort jolie femme, et cette femme est une simple mortelle.

Le cadre de pierre est un chef-d’œuvre de patience, ce qui me ferait attribuer l’ouvrage entier à quelque artiste allemand.

Comme s’il fallait que tout fût barbare à Autun, on a peint à l’huile ce charmant bas-relief.

Deux chapelles ont des vitraux admirables, c’est-à-dire dont les couleurs sont fort vives ; on faisait la couleur rouge avec de l’or, ce qui augmentait sans doute le plaisir que les dévots trouvaient à la regarder[1].

Ou trouve à Saint-Lazare un tableau de M. Ingres ; quatre ou cinq têtes dans le genre de Raphaël sont admirables.

Un effet qui est vraiment étonnant et bien digne de la province, c’est ce qu’on appelle ici la grande trompe. Dans le vrai,

  1. J’apprends que, depuis mon passage, on a découvert à Autun, au-dessus de la porte d’une église, un bas-relief barbare représentant le jugement dernier.