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Page:Stendhal - Mémoires d’un Touriste, I, Lévy, 1854.djvu/30

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ŒUVRES DE STENDHAL.

Monaldeschi connaissait le temps où il vivait et la princesse qu’il servait. L’épée d’un des trois valets qui exécutèrent la sentence de Christine se faussa sur la gorge du pauvre amant infidèle : c’est qu’il portait habituellement une cotte de mailles qui pesait neuf à dix livres.

J’aime mieux qu’il y ait un préfet de police qui quelquefois, il est vrai, fait visiter mes papiers, et ne pas être obligé de marcher toujours armé : ma vie est plus commode ; mais j’en vaux moins, j’en suis moins homme de cœur, et je pâlis un peu à l’annonce du péril.


— Montargis, le 11 avril.

Petite ville assez insignifiante. Elle s’est fort embellie depuis 1814, qu’elle a pu jouir des réformes introduites par Sieyès, Mirabeau, Danton et autres grands hommes qu’il est de mode de calomnier parmi les pygmées actuels. Bon souper à l’hôtel de la Poste, fort bien meublé. Dans toute cette journée, je n’ai pas rencontré un seul postillon malhonnête ; je paye à cinquante sous : plusieurs montent fort mal à cheval, ce qui me fâche. Je pensais qu’on pourrait faire une conscription de postillons si les soldats prussiens, poussés par les Russes, nous attaquent. Avant de partir, je vais voir la promenade située sur les bords du Loing et du canal de Briare ; insignifiant.


— Neuvy, le 12 avril.

Je viens de traverser un bien triste pays avant de descendre dans la vallée de la Loire. Je crois qu’on appelle cela le Gâtinais. Depuis Briare, on monte et descend une suite de coteaux fertiles, qui se dirigent tous vers la Loire. Il faudrait au moins, en arrivant à ce fleuve, placer la route sur la digue.


— Cosne, 12 avril 1837.

En approchant de la Loire, les arbres commencent à avoir des bourgeons, le pays perd cet air d’aridité profonde qui m’attristait