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Page:Stendhal - Mémoires d’un Touriste, I, Lévy, 1854.djvu/198

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ŒUVRES DE STENDHAL.

Revantin, qui autrefois arrêtait les grosses charrettes de Provence pendant plusieurs heures.

Vous savez que sous Henri IV, toutes les routes de France n’étaient que des chemins à mulets ; ce prince et Sully son ministre commencèrent à les élargir, et elles sont appelées encore aujourd’hui routes de Henri IV, Ces routes avaient été établies par les habitants de chaque village pour communiquer avec le village voisin ; elles ont des pentes terribles. Que fait la pente à un mulet ? Louis XIV et Louis XV les ont élargies. Peu de routes nouvelles ont été faites sous Louis XIV, beaucoup sous Louis XV qui n’eut pas de grandes guerres, et put employer deux hommes de talent, Péronnet et Trésaguet. Les états provinciaux, surtout ceux de Languedoc, de Bretagne et de Bourgogne, firent beaucoup de routes ; quant à celles de Flandre, qui sont encore les meilleures, elles sont antérieures à Louis XIV et faites par les municipalités. On sait qu’à la fin du moyen âge la liberté sembla un instant vouloir s’établir en Flandre. Aussitôt elle produisit ses miracles.

Les infâmes montées que l’on rencontre encore en France sont les restes de ces routes à mulets établies avant Henri IV.

Pour peu que l’administration le veuille, ces montées peuvent disparaître en sept ou huit ans sur toutes les routes de première classe et sur beaucoup de celles de seconde, sans qu’il en coûte rien au gouvernement.

La rampe de Revantin, que je viens de descendre au trot, offrait une pente de treize centimètres par mètre et avait quinze cents mètres de longueur. Une compagnie a établi cette pente à quatre centimètres, et elle n’a que quinze cent un mètres de développement : on voit bien que c’est le hasard tout seul qui avait tracé la première route. Le péage par lequel cette compagnie se rembourse ne durera que onze ans et sept mois, après quoi la route sera libre comme toutes les autres. Il me semble que l’on paye six sous par cheval en montant, et trois sous en descendant ; le roulier y gagne, car le péage lui coûte moins que les